Association des Enseignants d’Activités Technologiques
Textes d’assemblée générale

« LE FAIT TECHNIQUE EST UN FAIT HUMAIN » - Assemblée générale - Paris - Octobre 2002

Conservatoire National des Arts et Métiers - 23 et 24 octobre 2002
jeudi 24 octobre 2002 par Yves LEMAL

Aujourd’hui l’Éducation Nationale donne-t-elle à l’élève le reflet concret et culturel que lui et ses parents seraient en droit d’attendre à propos de la technologie ?

Actuellement la réponse est non, du fait des conditions de travail, des difficultés à faire reconnaître la production et son financement pour chaque élève, mais aussi du fait de programmes inadaptés aujourd’hui et de leur effet modélisant sur les concours de recrutement !
Tels sont les problèmes...
L’assemblée générale de l’AEAT marque donc une nouvelle étape dans sa réflexion sur la formation initiale.
Des licences et des maîtrises de technologie existent ou sont en voie être créées dans plusieurs universités.
Notre discipline a besoin d’un vivier étendu et renouvelé d’enseignants bien formés pour nourrir la réflexion pédagogique et fonder une Inspection Générale entièrement consacrée et disponible pour la technologie et nos élèves.

Nous revendiquons donc pour les enseignants de Technologie :

  • Une culture universitaire c’est-à-dire une formation initiale repensée et élargie fondée sur le 3/5/8 européen (licence, mastère, études doctorales) et donc, des niveaux de recrutement s’y articulant (Capes et Agrégation).
  • Une continuité école-collège-lycée.

Pour ce faire nous retenons quelques principes :

  • 1. Élargir les horizons.

Le rapport aux spécialités est à repenser.
Il est rare d’entendre parler de la technique sans l’adjonction d’un complément du nom : la technique des microprocesseurs, la technique de la découpe au laser, la technique de la taille du silex ...

Si nous voulons parler de culture technique, il faut dire de quoi elle est constituée et comment nous proposons d’englober les spécialités non en les additionnant mais en les synthétisant. C’est le redoutable problème auquel les concepteurs du nouveau Musée National des Arts et Métiers ont été confrontés quand il a fallu restructurer la collection d’objets techniques qui nous a été léguée et qui continue de s’enrichir.

Autrement dit, la copie et l’empilement des spécialités majeures de l’Inspection Générale ne nous conviennent pas. L’addition « mécanique + électricité / électronique / informatique + économie - gestion » a montré ses limites.

Sans renoncer à ces domaines nous demandons que soient étendus nos domaines de références pour les mettre en relation avec les grands besoins humains. La production agricole et alimentaire, l’urbanisme et l’architecture, la production de textiles et de vêtements, la production des matériaux (pour n’évoquer que quelques secteurs de besoins humains majeurs) sont aujourd’hui absents de notre culture technique.

  • 2. Partir de ce qui motive les élèves. Notre discipline doit redonner toute sa place à une pratique technique motivante et signifiante pour l’élève sans renoncer au plaisir et à la nécessité de l’activité théorique. La formation doit donc accorder un temps significatif à la pratique technique, à l’invention et à l’étude de sa manifestation chez l’élève, pratique technique fondée sur des savoir-faire sélectionnés et transférables, s’appuyant, pour une part, sur des techniques traditionnelles éprouvées.

C’est la continuité logique de la réflexion que nous avons mené lors de l’A.G. de Paris en 2000 sur le thème : la production en technologie où nous avions admis que la production était l’activité centrale autour de laquelle l’activité pédagogique se structurait.
C’est aussi la continuité logique des réflexions menées sur la formation initiale et continue lors de l’A.G. de Sisteron.

C’est enfin la continuité logique de la réflexion que nous avons menée sur « La place de la technologie dans la formation du futur citoyen » et le bénéfice comportemental que les élèves peuvent tirer d’une activité formatrice dans laquelle ils sont profondément impliqués.

Une formation initiale repensée doit enrichir nos idées sur les démarches technologiques scolaires et pe
nser leurs distinctions et leurs complémentarités avec la ou les démarches scientifiques scolaires.
En tout état de cause la démarche de projet à l’école ne peut se calquer sur les pratiques de l’entreprise.

  • 3. S’ouvrir en profondeur aux autres disciplines. Depuis plus de quinze ans maintenant des cycles d’études doctorales existent en histoire des sciences et des techniques, il est temps de les prendre en compte. Nous n’avons pas proposé par hasard le Conservatoire National des Arts et Métiers comme lieu de nos journées d’études. Le choix est révélateur de notre souhait d’inclure l’histoire des techniques dans notre enseignement. De même, la formation initiale de professeurs de technologie doit intégrer une sensibilisation à l’abondant corpus de textes philosophiques sur la technique.

De même pour l’ethnologie, l’œuvre d’un chercheur comme André Leroi-Gourhan est très proche de nos préoccupations. Une grande partie de notre connaissance de la préhistoire se fait à l’aide de sources telles que des objets techniques et très souvent des outils.

De même, le domaine du sensible est ignoré. Par exemple, chacun sait l’importance économique du Design et la marque profonde et féconde que le Bauhaus de Weimar a laissé dans l’histoire industrielle du 20 ème siècle, dans l’histoire tout court.

Autrement dit, sans renoncer à une formation scientifique et technique solide, il est temps d’ouvrir le concept de technologie aux sciences humaines parmi lesquelles les sciences de l’éducation peuvent s’insérer sans inflation.

  • 4. Suivre l’actualité. Une formation initiale doit entretenir un rapport étroit avec l’actualité des techniques en offrant aux stagiaires et aux professeurs titulaires, tout au long de leur carrière, des ouvertures diverses vers l’industrie, l’agriculture, le BTP, l’artisanat, mais aussi la muséographie en France et à l’étranger. Une commission ministérielle s’attache actuellement à la reconception des programmes de technologie. Deux des interventions de notre A.G. ont bien montré le rôle modélisant de ces programmes.

Ils induisent le contenu des épreuves des concours de recrutement d’une part et en amont le contenu même des nouvelles licences.

Cette logique institutionnelle présente une grande fragilité si les concepteurs de programmes se coupent des praticiens et des associations qui les représentent.
La sécurité élémentaire voudrait que les objectifs de la discipline soit fixés et des situations d’apprentissages conçues avec une volonté sincère de curiosité et d’ouverture vers les enseignants. C’est le minimum que l’on puisse attendre d’un service attaché à l’Éducation Nationale.

En ne consultant pas les enseignants en profondeur, on se prive d’informations essentielles sur les élèves et leurs motivations.

A la suite de quoi les programmes peuvent être écrits !
Mais le temps de la conception de programmes ne dure pas. Pour aider à les faire vivre, nous souhaitons une inspection issue des praticiens, avertie, ouverte et disponible, s’appuyant sur les recherches universitaires.

Malheureusement, toutes les conditions sont aujourd’hui réunies pour que nous retombions dans les ornières dans lesquelles la discipline s’est fourvoyée ces dernières années : programmes contestables, pratiques pédagogiques entravées par les horaires, les effectifs, les financements, enseignants découragés, absence de pilotage national tant pour les Inspections Pédagogiques Régionales que pour les IUFM.

Intervenants et participants sont tombés clairement d’accord sur les inconvénients de l’absence d’une Inspection Générale spécifique à la technologie : pénalisation de la discipline, pénalisation de l’élève.
La revendication de l’Agrégation s’appuie d’abord sur cette raison. De surcroît, cette absence de niveau de recrutement dans notre discipline, crée chez les collègues un sentiment légitime d’injustice et détourne une part des étudiants d’un métier qu’ils peuvent percevoir sans avenir. Les conséquences risquent d’être dramatiques dans une période où nous aurons à renouveler en quelques années la moitié des professeurs de technologie.

Au-delà de la formation du professeur c’est l’avenir de l’élève qui est en ligne de mire.

Nous souhaitons motiver et éclairer l’élève :

  • pour qu’il pense, avec ses parents, son avenir, technique ou pas.
  • pour qu’il sache prendre des décisions de citoyen dans une société de plus en plus technique.
  • pour qu’il comprenne les hommes qui produisent s’il envisage lui-même de les rejoindre mais qu’il les comprenne aussi et qu’il les respecte s’il envisage d’autres voies.
  • pour qu’il produise peut-être lui-même plus tard, avec initiative, avec goût pour ce qu’il fait, avec une grande capacité d’adaptation et de transferts.

L’Assemblée Générale de l’AEAT

Paris - Conservatoire National des Arts et Métiers - 23 et 24 octobre 2002


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