Association des Enseignants d’Activités Technologiques

Editorial - Juin 2009

mardi 2 juin 2009 par Yves LEMAL

 BIS REPETITA PLACENT

ou

 en répétant les choses, elles finissent par plaire !


Rédiger un éditorial sur la Technologie, en cette période de chambardement de la discipline, n’est pas chose facile et il m’a été assez difficile de m’y mettre.

En effet, comment faire le point sur la situation actuelle sans avoir l’impression de se répéter, voire de radoter ?

Comment ne pas être systématiquement négatif, au risque de se faire encore une fois accuser d’être accroché au passé et hostile par principe à toute réforme ?

Il n’est pas inutile de rappeler que l’AEAT est issue des différentes associations de spécialistes qui se sont succédées depuis l’époque où la discipline n’était pas mixte et ou les filles recevaient un enseignement ménager et les garçons une formation aux travaux manuels, pas encore éducatifs, dans les domaines du bois et du fer (termes de l’époque !).

Le passé de la discipline et les différentes réformes qui se sont succédées au fil des temps, nous les connaissons et nous avons de ce fait une analyse historique de ces changements. Ils ont souvent été dictés plus par la chose politique que par le souci d’avoir des contenus d’enseignement favorables à l’évolution des élèves.

Notre discipline est née, rappelons-le, en 1872 dans une école primaire de Paris, sous l’égide de Gustave SALICIS (*) et sera généralisée par la loi 11.696 du 28 mars 1882 signée Jules GREVY.
De fait, elle a toujours été plutôt une discipline parlementaire qu’universitaire et cette particularité va certainement constituer une des difficultés majeures que va rencontrer le pouvoir politique dans sa volonté de réforme de la formation des enseignants de Technologie !

En effet, comment mettre en place dans le contexte actuel un master de Technologie délivré par l’Université sauf à le rattacher à une autre discipline existante ou bien à en faire une sous-dominante ou une option ?

Comment sauvegarder lors d’une formation universitaire ce qui a toujours fait, certes plus ou moins bien selon les époques, l’essence même de la matière, à savoir la production scolaire effective d’objets techniques signifiants ? Jusqu’à aujourd’hui, les différentes réformes et évolutions de la discipline n’avaient jamais gommé cette part fondamentale de sa raison d’être.

Sans cette production, la mise en place des nouveaux programmes est vouée à l’échec, l’existence même de la discipline risquant alors d’être remise en cause à brève échéance !

Pour l’immense majorité des professeurs de Technologie, le principal obstacle est aujourd’hui celui-là. Ils sont prêts à regarder, à envisager tous les aspects didactiques et culturels qui leurs sont présentés mais sans la prise en compte et la résolution de cette question majeure qu’est la production technique en classe, ils ne peuvent aborder les autres questions que pose la réforme actuelle des programmes et celle-ci ne passe donc pas !

Il est vrai que la résolution du problème de la production en Technologie suppose des contenus ayant du sens, une pédagogie et une méthode d’évaluation claires et facile à mettre en oeuvre, des salles adaptées aux activités préconisées, des crédits pour les fabrications pédagogiques et surtout des effectifs élèves réduits compatibles avec les nécessités de la discipline.

Tout cela a un coût que le pouvoir politique ne semble pas prêt à assumer pour le service public d’éducation au point de faire disparaître des textes pourtant très récents des points posés comme indispensables par la commission de ré écriture des programmes de Technologie, à savoir des effectifs allégés, un matériel approprié et une installation des « laboratoires (!) » de technologie en îlots.

Nous ne sommes pas pour une telle installation des salles pour d’évidentes raisons pédagogiques et de sécurité notamment mais force est de constater, à l’instar de Monsieur Chevalier, Président de la commission, l’impossibilité de fait de respecter ces nouveaux programmes !

Une solution de secours semble se faire jour actuellement, mettre les enseignants en demeure de résoudre seuls tous les problèmes et appliquer les directives coûte que coûte !

A preuve, les réponses aux différents courriers qui ont été envoyés à Monsieur le Ministre Xavier DARCOS, à Monsieur Jean Louis NEMBRINI, Directeur de la DGESCO ainsi qu’à l’Inspection Générale de STI par l’AEAT, conjointement avec les principaux syndicats, les autres associations de Technologie et les auteurs de la pétition nationale.

Ces courriers avaient pour but d’alerter collectivement nos différentes autorités de tutelle sur les conditions inquiétantes de mise en oeuvre des nouveaux programmes de Technologie à la rentrée. Les réponses (**) quasi identiques sont bien décevantes et n’apportent de réponse satisfaisante à aucun des points soulevés.

Monsieur le Ministre transmet nos remarques à la DGESCO (à qui nous avions déjà écrit collectivement) et fait confiance à l’Inspection Générale et aux corps d’inspection territoriaux pour veiller à la formation et aux conditions d’enseignement nécessaires aux enseignants.

La DGESCO, à deux reprises, nous rappelle que :

  • L’ensemble des programmes entre en application à la rentrée 2009/2010.
  • La formation des enseignants se fera par le biais des PAF Académiques (déjà diffusés !) après un séminaire national destiné aux formateurs, ayant lieu au second semestre (après l’élaboration des PAF !).
  • L’équipement en matériel spécialisé est à la charge de l’Etat, il appartient donc aux Rectorats de tenir compte de ces besoins nouveaux lors de la répartition des crédits qui leur ont déjà été délégués !
  • La Technologie bénéficie d’un horaire d’une heure en classe entière et d’une demi-heure dispensée en groupes à effectifs allégés en classe de sixième. Il n’est pas mentionné d’horaire en groupes dans les arrêtés des 14/01/2002 et 02/07/2004 pour les autres niveaux où l’enseignement en classe entière est seul obligatoire !

Il est reconnu dans ces courriers que cette rénovation conduira à une charge de travail supplémentaire pour les enseignants mais que l’objectif sera pleinement atteint !

A preuve, également, des circulaires académiques émanant de groupes de pilotage de Technologie qui reprennent ces directives et précisent en outre que les enseignants auront à se former aux nouveaux contenus et aux nouvelles démarches pédagogiques mais également à initier de nouvelles modalités pédagogiques d’évaluation. Pour ce faire, il est préconisé d’intégrer des plages libres communes dans les emplois du temps des enseignants !!!

BIS REPETITA, redisons-le encore, tenter de faire passer une réforme de cette importance sans véritable concertation est une mauvaise méthode. Il n’est pas question de la faire bâtir tant bien que mal par les enseignants seuls ni de venir ensuite leur imputer les échecs et dérives possibles !

L’AEAT a toujours fait des propositions issues du terrain, elle n’a pas été entendue. Elle continue cependant à mener son travail de réflexion sur les contenus, la didactique et la défense de la discipline, en vue de sa prochaine Assemblée Générale, mais aussi d’un colloque actuellement en voie de finalisation et dont nous reparlerons bientôt !

Pour le CA, le Président : Christian HOUDRE

(*) : Voir Numéros 159 à 162 des Activités Technologiques, année 2005.
(**) : Voir courriers et réponses en pages intérieures de ce bulletin.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 3777 / 129210

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site AEAT actualité   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License