Association des Enseignants d’Activités Technologiques
Textes d’assemblée générale

« PRODUIRE EN TECHNOLOGIE A L’ECOLE » (I) - Assemblée générale - Paris - 2000

Assemblée générale - Paris - 2000
2000 par Yves LEMAL

La production a un sens multiple. Il s’agit de préciser les différentes facettes du terme production.

Le sens commun associe et restreint le mot à la production matérielle industrielle. Sans rejeter cette association nous avons à préciser ce concept dans le contexte scolaire avec toute la distance nécessaire.
La technologie scolaire représente un faisceau de fonctions sociales conjuguées. La première est de sensibiliser l’enfant au monde artificiel, c’est à dire au monde construit par l’Homme. Mais à cela s’ajoutent au moins deux autres fonctions. Celle qui consiste à prendre l’enfant par la main et à l’aider à se prouver qu’il est capable de prendre sa place dans cette transformation du réel, une fonction qui suppose donc l’activité technique de l’enfant. Et puis cette autre qui le prépare à admettre son devoir de comprendre les spécialités techniques et plus largement les fonctions sociales de ses concitoyens (Langevin 1944).
L’atelier de production scolaire que nous défendons est tout à la fois un lieu de vie, de perceptions, de conception et d’exercice de responsabilité. Cela suppose donc des conditions de surface, d’effectif et des moyens certes consacrés à l’équipement mais aussi au financement de la production des élèves sans lequel l’ensemble reste muet.

L’atelier de production recrée un univers autant que faire se peut, lisible pour les élèves. Il permet de mettre en relation la vie, l’école, les actions, la réflexion et les perceptions et contribue à l’adaptation de l’individu aux situations nouvelles.

La confrontation à l’objet à réaliser oblige au passage du complexe à l’analytique en aller et retours jusqu’à la production définitive lorsque l’on a pris la précaution d’assigner à l’objet un destin effectif judicieusement inséré dans la vie sociale de l’enfant. L’objet produit est, sur le moment, un puissant fédérateur d’apprentissages mais reste aussi, longtemps après les actes techniques, un régénérateur de souvenirs et de questions. L’objet produit a un statut psychologique. Professeurs et élèves se souviennent de moments magiques de sérieux, de calme, de concentration, d’absence de tension lorsque le groupe est tout entier confronté à des problèmes et des tâches qui ont une finalité forte et donc un sens.

L’acte de produire crée un authentique moment social où l’entraide n’est plus seulement un mot. L’atelier est un lieu de vie.

Nous sommes donc loin d’une conception simpliste de la démarche technologique qui consisterait à faire suivre conception et réalisation dans une linéarité que l’analyse des situations réelles contredit.

La production scolaire n’est pas la production sérielle même si parfois elle est nécessaire pour illustrer certains concepts techniques. A l’école on a le droit au brouillon, à l’erreur, aux impasses, aux retours, aux temps de latence, de mûrissement, aux chemins sinueux de l’intuition, semi-erratiques, semi-orientés, au dialogue suffisamment long avec son professeur, bref à la recherche et à la créativité.
La production scolaire génère des apprentissages sans en être, surtout pas, le simple prétexte.

Elle est source de questionnement et motivation pour apprendre. Un dysfonctionnement observable, un obstacle, déclenchera une procédure féconde d’analyse d’erreur et décentrera par là l’enfant d’un affect lié à l’évaluation.

Dans la conception et la mise en œuvre, l’enfant et l’enseignant, ensemble, engagent leur responsabilité dans la recherche des solutions techniques efficaces à long terme, alternant réflexion, action et communication.

La mise en œuvre de l’objet, étroite complicité entre l’enseignant et l’élève, offre une situation motivante qu’il importe de prendre en compte dans le contexte actuel de démobilisation scolaire.

Fabriquer avec son esprit, ses mains et ses outils constitue, dans la société de consommation, un événement, voire un luxe si tant est que l’on puisse s’en passer dans un contexte où la prédominance du virtuel peut faire perdre le contact avec la matérialité du monde et donc avec le fondement de ses responsabilités.

Nous nous plaçons donc dans la perspective de la contribution de la technologie à un projet commun qui consiste à former des citoyens ouverts aux sciences et aux techniques, compétents, créatifs et vigilants.

L’Assemblée Générale de L’AEAT

PARIS 2000 - Assemblée générale de l’AEAT


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