Association des Enseignants d’Activités Technologiques
Texte de l’AG

Technologie, la limite d’un long fourvoiement

lundi 20 novembre 2006 par Yves LEMAL

 Technologie, la limite d’un long fourvoiement


Depuis une quinzaine d’année,
l’inspection générale de l’enseignement technique n’a pas été à la hauteur de la mission historique que lui avait confiée la COPRET : donner, dans le socle commun, une culture technique, appelée Technologie, de conception large, ouverte sur la société et les motivations des élèves, une culture technique qui non seulement tente une synthèse des spécialités techniques particulières mais qui sache aussi les dépasser en intégrant intelligemment des préoccupations historiques et psychologiques.

Sur ce dernier point les réformes successives confuses conjuguées à une réduction progressive des moyens (matériels et crédits pour les objets fabriqués) et à l’augmentation des effectifs, ont abouti à un désarroi sans précédent des professeurs et une perte de sens de la discipline pour les élèves.

Les programmes et les méthodes préconisées ont presque banni l’acte de produire. Les activités techniques se sont faites de plus en plus rares et de moins en moins signifiantes pour eux. Les objets construits sont progressivement devenus sans destin effectif. On en arrive même à préconiser, dans le cadre de certaines « productions collectives », le démontage de ce que les élèves viennent de construire. Tout cela pour pouvoir réutiliser les composants. Peut-on imaginer plus absurde, à l’opposé de ce qui se fait dans la société, à l’opposé du principe de développement durable ?

L’inspection générale de l’enseignement technique, par carence philosophique, par absence de sens politique, a délégué, pour gouverner la Technologie au collège (un quart des titulaires de CAPET en France), ceux des leurs les moins informés.

Ces dernières années, les inspecteurs ont défilé dans le cadre de vacations courtes.

Aujourd’hui le fiasco est total, on nomme une commission en juillet, on lui donne un responsable, on le récuse en août. On attendrait les présidentielles en faisant croire aux collègues qu’on fait quelque chose, qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Quel respect pour les associations et les organisations syndicales ? On les reçoit, on leur annonce puis tout change. Pas même un contact téléphonique pour nous tenir au courant, comme si un clan en avait chassé un autre.

Quelle continuité et surtout quelle responsabilité dans l’action de l’Etat ?

Tout le monde s’accorde à reconnaître aujourd’hui que la Technologie a besoin d’être clairement définie, cela ne se fera pas sur un coin de table avec les alliés du moment.

De nombreux écrits existent, des conceptions différentes aussi. Nous avons besoin de faire une synthèse de tout cela, dégager des conceptions claires aux antipodes des usines à gaz pédagogiques. L’Etat doit prendre ses responsabilités en produisant une analyse fine de l’existant et organisant avec sincérité, sérieux et transparence, une concertation ouverte en particulier avec toutes les organisations représentatives des enseignants de Technologie, pour aboutir à une refondation de la discipline.

Nous serons attentifs aux règles et pratiques de la commission. Nous ne voulons plus comme par le passé, que notre discipline soit le jouet de combinaisons de couloirs.

En ce qui concerne l’A.E.A.T., nous avons fonctionné d’AG en AG et d’année en année sur le principe de la construction progressive de positions. Les textes d’AG se suivent et se complètent les uns les autres. L’AG de novembre 2006 tient a souligner solennellement que c’est sur la base de ces écrits que nous négocierons aujourd’hui auprès des instances compétentes et des partenaires professionnels.
Le coeur de cette réflexion concerne la production technique effective et signifiante des jeunes. Nous souhaitons que l’on ne néglige pas l’intérêt propre des élèves au profit d’un discours, théorique ambiguë et connoté sur la découverte des métiers.

Nous refusons que l’avenir de notre discipline soit d’abord conditionné à des préoccupations de gestion de professeurs de STI ou de Physique.

Nous nous permettons, en complément des écrits passés de faire quelques suggestions à la commission de rénovation des programmes de notre discipline.

1 - La structure des contenus en technologie.

Les programmes ont souffert par le passé de la superposition confuse de plusieurs classifications. Nous proposons que ces références soient clairement identifiées.

  • a - La première est une classification universitaire qui se traduit aujourd’hui par trois pôles : mécanique, électrotechnique et électronique, économie et gestion.
  • b - La seconde est une classification culturelle utilisée dans les musées techniques et ethnologiques pour organiser la présentation de leur collection : Alimentation, médecine et soins, architecture, machines, ... (CNAM, ATP, ...). Cette classification est aussi une classification de bon sens pour rendre compte de la réponse technique à différents besoins fondamentaux de l’humanité (l’homme se nourrit, l’homme s’habille, l’homme se ...).
  • c - La troisième est une classification des métiers utilisée par l’INSEE ou l’ANPE.

Nous proposons de privilégier les deux premières catégories.

2 - Nous suggérons de faire le choix de la réflexion sur le rapport spécifique de l’enfant et de la technique en privilégiant deux points :

  • a - L’engagement du corps et la relation aux outils.
  • b - La relation que l’enfant ou l’adolescent entretient avec l’environnement technique de production en particulier (entreprises publiques ou privées et pas seulement dans le cadre de l’artisanat ou de la vie des PME)

3 - Il faut réfléchir à partir d’exemples précis d’activités scolaires décantées.

4 - Il faut que la commission étudie avec soin la faisabilité des activités (âge des élèves, conditions d’effectifs et conditions financières).

A ces quelques éléments de cahier des charges nous voudrions ajouter plusieurs remarques :

 A - L’informatique au sein de la Technologie.

L’AEAT a toujours fait la distinction entre l’usage de l’informatique et l’étude de l’outil informatique. L’usage est du ressort de toutes les disciplines (la nôtre comprise), il est évident que nous utilisons nous-même cet outil dans le cadre des projets. Il est tout aussi clair que la compréhension de la structure des machines, de l’électronique sous-jacente et des logiciels (non dans leur usage mais dans leur architecture) relève de la technologie et dans une certaine mesure des mathématiques.

 B - « Découvertes des métiers » ou « sensibilisation à l’environnement technique » ?

Il faut lever cette ambiguïté empoisonnante et abandonner l’expression de « découverte des métiers ». On sait trop ce que cela recouvre pour les élèves en difficulté. L’expression « sensibilisation à l’environnement technique » concernera tous les élèves. Cela placera les entreprises devant leurs responsabilités d’accueil de groupes d’élèves pour des raisons culturelles et non d’orientation. On ne laissera plus les élèves trouver des stages « au petit bonheur la chance » dans des secteurs peu significatifs pour la technologie. Ce sera désormais de la responsabilité de l’Education Nationale et des entreprises de prendre ne charge ce pan culturel de leur formation.

 C - Fabrications individuelles ou collectives ?

Nous l’avons déjà exprimé et nous le répétons avec force : on ne singe pas l’entreprise en classe. L’entreprise se découvre et s’étudie autour d’entreprises réelles. L’activité technique de l’élève doit tourner autour de la production technique individuelle et parfois collective si les projets s’y prêtent. Le critère est que le produit doit avoir un destin réel et non supposé. Il ne sera jamais vendu sauf exceptions. Il ne faut pas mentir, l’emballer pour l’emballer n’a aucun sens surtout au moment où chacun tente de se passer d’emballage superflu. L’objet, la plupart du temps a un sens, parce qu’il est le résultat et l’évaluation des capacités propres de l’enfant, sa fierté et cela trouve la plupart du temps son expression dans la famille.

Nous savons bien sûr qu’au delà, la technologie est liée, en perspective, à l’utilité sociale et nous ne manquons pas de le souligner. Il faut admettre que la porte d’entrée de tout cela est le plaisir de l’élève à transformer le réel. Respectons ce plaisir premier et nécessaire de transformer et de produire et utilisons-le pour mettre en oeuvre notre démarche pédagogique.

 D - La précarité grandissante des situations professionnelles et la disponibilité des enseignants de Technologie.

Le turn-over grandissant des personnels dans les collèges nuit à la constitution d’équipes stables assurant la cohérence et la continuité matérielle des installations. En outre la précarité identitaire par rapport à une discipline de plus en plus floue et en changement de fond permanent est en passe de devenir la première cause de difficulté du corps professoral. Comment donner un élan nouveau à la Technologie et à ses enseignants, jeunes ou anciens ?

 Notre discipline n’est-elle pourtant pas chargée de sens parce que porteuse d’activités humaines, d’adaptations de l’Homme à son environnement ?

 Il y aurait peu à faire pour redonner du sens à tout cela. De la cohérence et une volonté politique de l’Etat suffiraient.

Assemblée Générale de l’AEAT
le 18 novembre 2007 à Paris


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