Association des Enseignants d’Activités Technologiques
CA-01/07/06

Enseignement intégré de sciences et de technologie

mardi 4 juillet 2006 par Yves LEMAL

« 

 Enseignement intégré de sciences et de technologie

 »

 Position de l’AEAT 1er juillet 2006

En mai est paru un appel d’offre de la DESCO pour une expérimentation d’un « enseignement intégré de sciences et de technologie en classe de sixième et cinquième ».
Cet appel d’offre est consultable dans son intégralité à l’adresse suivante [1] :
http://www.ac-nice.fr/physique/doc/divers/appeloffre_desco.pdf

Placée sous l’égide du Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche, de l’Académie des Sciences, et de l’Académie des Technologies, cette présentation ne pouvait être que structurée et apparemment cohérente.
Elle fait écho au rapport de la mission parlementaire conduite par le député J M Rolland, déposé le 2 mai 2006 et intitulé « l’enseignement des disciplines scientifiques dans le primaire et le secondaire ». S’il semble faire consensus à l’Académie des Sciences et dans la mission parlementaire, il en va tout autrement chez les enseignants.

Soyons d’abord clairs et positifs.

Comment ne pas être d’accord avec le second des quatre grands objectifs assignés à l’expérimentation : « développer la curiosité des élèves et leur donner le goût des sciences expérimentales et de la technologie » ?
Comment ne pas être d’accord avec l’idée de développer la motivation des élèves ?
Comment ne pas partager le souci de nos responsables de prendre en charge la désaffection des étudiants pour certaines filières scientifiques ?
Comment ne pas être conscients que le recul d’une rationalité scientifique posera à terme à la société, un problème de communication et de références communes à tous ses membres, mettant en danger notre « vivre ensemble » ?
Comment ne pas être d’accord pour penser les liens entre notre discipline et les autres ? C’est même à l’AEAT une de nos raisons d’être .

Comment, enfin, ne pas être d’accord pour questionner sans cesse la structure et les contenus de notre discipline ? C’est là encore une de nos raisons d’être.

Mais, par cette expérimentation, prendra-t-on en charge ces objectifs ?

Nous sommes nombreux à avoir quelques arguments pour en douter.

1 - D’abord nous ne sommes pas dupes du contexte financier, l’Education Nationale est dans une logique de restriction drastique des budgets ... Nous savons que les CAPES de Physique ne sont plus attractifs. Il eût été de la plus élémentaire honnêteté intellectuelle d’avouer que « l’enseignement intégré » vise à déplacer les enseignants de Physique vers les lycées, à les remplacer en collège par des enseignants de Technologie dont l’appellation serait pour l’occasion transformée. Nous en avons assez de cette hypocrisie qui énonce les objectifs réels dans le secret des cabinets ministériels et qui les habille en d’autres pour des nécessités de « communication ».

Le discours pédagogique devient alors une langue de bois.
Ainsi en va-t-il du premier objectif « Atténuer la brutalité de transition entre l’école et le collège », qui est instrumentalisé pour introduire la bi voire la trivalence en collège. Cette brutalité serait-elle due au nombre d’enseignants intervenant en sixième ? La diminution des effectifs des personnels de vie scolaire n’aurait-elle pas entraîné, elle, une aggravation de cette brutalité dans les cours de récréation ? Le Ministère n’a pas semblé avoir d’états d’âme dans ce cas-là.


2 - Ensuite la caution de l’Académie des Sciences ne nous suffit pas.

A-t-on suffisamment de références théoriques pour affirmer que la démarche d’investigation sera plus efficace pour la motivation et les apprentissages que les démarches actuellement en cours dans chacune des disciplines Physique, SVT, Technologie ?

Tout le monde sait que non.

Le rapport Rolland l’avoue en précisant que l’opération « la main à la pâte » instituée dans le primaire, n’a pas été évaluée par une instance indépendante et même n’a pas été évaluée du tout.

3 - Et puis encore une contradiction : Le rapport Rolland précise bien que la démotivation des élèves concerne les sciences dites dures (Mathématiques et Physique) et non les sciences du vivant. Pourquoi donc déstabiliser une discipline, en l’occurrence les SVT, bien perçue par les élèves et performante dans sa fonction sociale ?

Au-delà de ces trois insuffisances nous disons que le meilleur service que l’on puisse rendre aux élèves est de savoir de quoi on parle et de ne pas diluer les connaissances dans des ensembles flous.
Le rapport Rolland dit-il autre chose lorsqu’il parle de la terminale S des lycées et de la baisse de son niveau ?

Nous n’avons pas intérêt à jouer avec le feu en découplant contenus d’enseignement et champs disciplinaires constitués.

Peut-on imaginer par exemple qu’un enseignant de physique puisse parler avec pertinence du thème de l’évolution des espèces ? Ne risque-t-on pas par des procédés de dilution des connaissances d’aboutir à un manque de rigueur et à un discrédit des enseignements délivrés ? Beaucoup de parents ont aujourd’hui la culture suffisante pour repérer et dénoncer les approximations. D’autres seraient trop contents de profiter de ces imprécisions pour discréditer l’Education Nationale sur ces sujets et laisser à d’autres le soin de parler de la formation de la Terre et de l’Espèce humaine.

Cela ne veut pas dire que chaque discipline dans son domaine de responsabilité et dans le souci d’une perception cohérente par les élèves ne prenne pas en charge, en concertation avec les autres professeurs, des thèmes transversaux significatifs sur le plan culturel et citoyen (l’eau, l’énergie, ...).

Nous avons donc quelques doutes sur le projet en cours

En ce qui concerne la Technologie, nous rappelons quelques interrogations chroniques propre à notre discipline.

A - Peut-on priver l’enfant et l’adolescent d’activités de réalisation plébiscitées par eux et perçues comme très formatrices ? Serait-il normal, dans une société qui évolue essentiellement dans un monde artificiel, que les adolescents ne puissent jamais, dans leur scolarité, s’éprouver à la transformation de la matière ? Certes elle ne peut suffire à une approche du monde de la technique mais elle lui est absolument nécessaire. C’est pourquoi nous proposons que le temps consacré à la culture technique soit divisé en deux. Un temps pour la réalisation incluant nécessairement des apprentissages au fil des activités, un temps pour les formalisations théoriques (par exemple identifier la chaîne cinématique d’un machine et l’analyser, réinvestir cette analyse dans la découverte d’une machine du Musée National des Techniques) et les références sociales (par exemple, découverte d’entreprises et des musées techniques, travail sur films documentaires, sur articles ou sur textes impliquant une distanciation vis-à-vis de la technique, réflexion sur les choix énergétiques contemporains ou futurs).

B - Que signifierait pour l’adolescent toute absence d’activité technique au collège ? Ne serait-ce pas pour lui le message clair que le monde de l’école tourne le dos au monde de la production ? C’est inconcevable pour l’intérêt de l’enfant, mais c’est tout aussi inconcevable sur le plan politique.

Les inspections générales de l’enseignement technique ont pris ces dernières années une lourde responsabilité en négligeant une réflexion sérieuse sur le rapport spécifique de l’enfant et de la technique et en attribuant à la Technologie en collège (représentant le quart des CAPET en France) des inspecteurs peu informés et surtout volatiles.
Pour réfléchir sérieusement sur l’enseignement en France, la réflexion sur le rapport de l’enfant et de la technique est incontournable. Nous pensons que ce n’est pas en noyant ces questions dans le flou artistique de « La main à la pâte » que nous règlerons ces problèmes.

[1Ce texte est reproduit en p. 8 du bulletin numéro 164.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 5410 / 129210

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site AEAT actualité   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License