Association des Enseignants d’Activités Technologiques
Contribution de l’AEAT au « Débat sur l’ECOLE »

Lettre ouverte à Claude THELOT - Janvier 2004

lundi 12 janvier 2004 par Yves LEMAL

Monsieur le Président,

Le débat sur l’école réserve une place importante aux questions récurrentes de démotivation des élèves et d’orientation scolaire, deux thèmes que la société met en lien, à tort ou à raison, avec la culture technique.
Les enseignants de technologie s’adressent donc à vous pour aborder la question essentielle de la place de la Technologie et de la culture technique dans le cursus de l’ensemble des élèves du système scolaire obligatoire (de la maternelle à la classe de troisième). Le rapport à la technique après le collège se pose également, surtout pour les élèves des sections d’enseignement général.

Au sein de l’Ecole obligatoire, environ 10% des élèves sont en situation de très forte démotivation, voire de souffrance. Les causes de cette situation sont multiples et ne relèvent pas toutes, loin s’en faut, de l’Éducation Nationale (difficultés sociales, familiales, médicales parfois, urbaines souvent...).

L’alphabétisation et l’intégration culturelle et sociale des populations d’origine étrangère est également une source de difficultés que l’Ecole doit, pour sa part spécifique, prendre en compte. Compte tenu de ces écueils, les résultats de notre système éducatif ne sont d’ailleurs pas si mauvais que cela et il nous paraît opportun de rappeler ici que l’Ecole de notre pays se classe parmi les meilleures du monde occidental !
Cependant, pour en revenir à ces 10% d’adolescents en situation difficile, la question est posée, ça et là, de savoir s’il faut les exclure du système général et les socialiser à part, en leur réservant en priorité l’accès à la culture technique et au travail manuel et ce, peut-être, au détriment de tous les autres élèves.

Notre réponse est non !

Les enseignants de Technologie tiennent d’ailleurs à rappeler ici avec force que leur discipline fait partie intégrante de la culture générale devant être dispensée à tous les enfants. L’enseignement du fait technique ne peut être envisagé comme le « SAMU pédagogique » de l’institution scolaire !

Dans cette lettre nous argumentons rapidement. Mais en complément, vous trouverez ci-joint une compilation de textes de réflexion que nous considérons comme la référence de nos positions.

L’activité technique a toujours été une activité majeure de l’humanité.

Il n’est pas envisageable que son reflet historique et contemporain n’existe pas dans la scolarité des enfants et des adolescents. Cela l’est d’autant moins que les enfants utilisent l’action technique, comme le jeu d’ailleurs, pour se former eux-mêmes en se « frottant » au réel.

La technique est un langage spécifique qui peut devenir un précieux facteur d’intégration et de brassage. La technique nécessite l’entraide. On communique là même si on ne parle pas la même langue.

La technique est un facteur d’apprentissage et de motivation. Dans les projets techniques on rencontre des obstacles qu’il faut bien surmonter à la condition indispensable que la volonté de les résoudre soit forte, à la condition donc que les projets aient un sens culturel et social fort.

Or la situation actuelle est loin d’être satisfaisante. Les élèves produisent peu et pourtant plus de 15.000 professeurs de technologie exercent en collège. Le problème est qu’on leur refuse les moyens budgétaires pour les productions scolaires.

On leur refuse aussi les effectifs adaptés à cette tâche (le travail en groupe de 16 élèves, comparable en cela aux effectifs dans le privé dès lors qu’il s’agit de formation technique).

On leur refuse même le respect des horaires légaux au motif que les professeurs ne sont pas en nombre suffisant. Pour les surfaces et les équipements, le problème a été parfois correctement pris en compte par les conseils généraux, mais la situation est variable géographiquement.

Nous tenons à attirer l’attention de votre commission sur la question déterminante des effectifs :

Mal réglé, ce problème va à l’encontre des effets attendus de la technologie. Les effectifs trop importants imposent une utilisation de nos salles spécialisées en surcapacité, situation qui induit de fait une mise en danger potentielle des personnes s’y trouvant (élèves et enseignants).
Les effectifs trop importants sont également sources d’aggravation de la violence pour des raisons précises (sécurité des personnes, dysfonctionnement des objets, attentes et conflits sur les outillages, relation individualisée enseignant/élève quasi impossible...).
La solution alternative fréquemment rencontrée d’une technologie formelle, brocardée parfois par le vocable « technologie papier », amène très rapidement une frustration et une exaspération des élèves. On pense faire des économies. En réalité tout le monde perd son temps et la collectivité perd son argent.

Quelques propositions pour sortir de l’impasse actuelle :

  • 1 - Il faut s’ouvrir au monde du travail sans tomber dans une caricature économique. C’est un enjeu de culture, c’est aussi une posture nécessaire de service public surtout depuis l’accord interprofessionnel du 5 décembre 2003 sur la formation continue.
  • 2 - Il faut cesser d’associer technique et orientation par l’échec. La politique des passerelles et leur efficacité constatée sera déterminante pour contourner ce problème.
  • 3 - Il faut changer l’idéologie d’approche de la technique à l’école et ne plus catégoriser voire opposer inutilement manuels et intellectuels. Il faut donc repenser le travail manuel dans une perspective historique, culturelle et psychologique.
  • 4 - Il faut donc réintroduire le travail productif vrai et signifiant à l’école et pour tous les élèves, non pour les orienter et les piéger mais pour les motiver et donner des éclairages essentiels à la technique, à la science et plus généralement aux relations sociales.
  • 5 - Il faut permettre aux élèves des sections générales des lycées de pouvoir continuer à côtoyer le fait technique dans leur cursus.

La technique, bien que courante, se caractérise difficilement. Cependant on peut dire qu’elle est destinée à rendre service aux hommes. La réalité est évidemment plus nuancée. Elle se caractérise en tout cas par une intention forte. Les hommes entretiennent à travers elle un lien orienté avec la matérialité du monde.

Il n’est pas admissible de priver les enfants et les adolescents de ce lien.


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