Association des Enseignants d’Activités Technologiques
Editorial

Mais où emmènent-ils la Techno ???

Activités Technologiques N° 159
lundi 7 novembre 2005 par Yves LEMAL

Mais où emmènent-ils la Techno ???

Cette rentrée 2005 voit la mise en application du nouveau programme de 6ème. Il y a quelques années, l’AEAT dénonçait la lecture régionale des programmes de Technologie et les distorsions importantes constatées d’une académie à l’autre.

Aujourd’hui, on peut logiquement s’interroger sur la genèse de ces nouveaux programmes, sur la présence prépondérante d’une Académie (Créteil) mais aussi la discrétion, pour ne pas dire l’absence des autorités de tutelles habituelles dans le processus de gestation (CNP, Inspection Générale ...).

Son installation « à la hussarde », ne va pas sans poser de nombreux problèmes dans les classes ainsi que nous l’avions pressenti et clairement exprimé à nos différents interlocuteurs lors des audiences et rencontres de la dernière année scolaire :

  • Un programme, paru trop tard (20 janvier 2005) pour application le 1er septembre 2005), a souffert d’une durée de réflexion, d’un temps d’expérimentation (dans quelles conditions ?) et d’un délai de mise en place pour le moins insuffisants. De plus, ce calendrier resserré ne pouvait laisser la moindre place à une formation préalable des enseignants !
  • Des documents d’accompagnement, que l’Éducation Nationale auraient du diffuser rapidement, n’ont été rendus publics sur le site du Ministère qu’à la mi-septembre alors que les enseignants étaient censés les appliquer depuis quinze jours déjà ! On peut d’ailleurs se demander pourquoi ces textes ont été si longs à paraître car ils reprennent en grande partie ceux présentés dans l’académie de Créteil durant toute la période des réunions d’information et de réflexion sur les projets de programmes (diaporama par exemple)
  • Des référentiels remis très tôt à certains fournisseurs et éditeurs proposant déjà cours et matériels lors de la dernière session d’Educatec (novembre 2004) , alors qu’il n’était encore question que de projets de programmes donnant lieu à une concertation des enseignants, des catalogues paraissant en avril 2005 (CAMIF...), des spécimens d’ouvrages de 6ème arrivant dans les casiers fin mai , bien avant les documents d’accompagnement.
  • Les entreprises marchandes seraient-elles associés d’une manière ou d’une autre à la conception et à la rédaction des nouveaux programmes de Technologie ? De fait, leur abandonnerait-on le navire par défaut de pilotage pédagogique de la discipline, ou à cause des investissements réalisés par ces entreprises alors que le programme n’est pas définitif, que la consultation n’est pas terminée et que le CSE ne s’est pas encore prononcé ?

La teneur des travaux et des contacts de la commission de réécriture des programmes se faisant sur un mode très confidentiel, nous sommes en droit de nous interroger sur la part d’indépendance dont elle dispose vis à vis de ces entreprises commerciales. Est-il judicieux, par exemple, de leur communiquer trop tôt les documents de travail du cycle central, les projets de guide d’équipement ( ) alors que l’élaboration des programmes, normalement du seul ressort de l’État, n’est pas finalisée ?

De fait, sur le terrain, force est de constater que les éditeurs et fournisseurs ont été pratiquement la seule source de référence dont ont disposé les enseignants de Technologie pour prévoir leur rentrée et passer leurs commandes de matériels.

EN MATIERE DE CREDITS

Le montant des crédits nécessaires à la mise en place de ce nouveau programme n’a pas été formellement annoncé ; la répartition de ces mêmes crédits semble erratique et inégale.

  • A titre d’exemple, 55 collèges de l’académie de Créteil ont reçu 7000 Euros à la fin de l’année dernière, d’autres ont vu arriver un Charlyrobot de dernière génération.
    • Sur quels critères ces crédits et matériels ont ils été attribués ?
    • Qui les a définis et appliqués ?
    • Qui les a attribués ? Il est à noter que dès avant réception de la notification de crédits, certains fournisseurs ont contacté téléphoniquement plusieurs heureux bénéficiaires afin de leur annoncer la bonne nouvelle et leur proposer leurs produits... Comment et par qui ont-ils été informés ?
  • - Dans d’autres académies, il a été annoncé lors des réunions d’information une dotation de 1000 Euros par collège pour la mise en place des nouveaux programmes de 6ème. Dans un premier temps cette somme semblait ne devoir concerner que la Technologie. Aujourd’hui, il apparaît que cette dotation serait attribuée pour l’ensemble des matières ayant de nouveaux programmes cette année alors que son montant ne suffit déjà pas pour notre seule discipline ! En outre, elle devait être versée aux établissements dès cette rentrée, ce qui n’a pas été le cas. D’après les remontées que nous recevons du terrain, le refus d’investir une somme conséquente dans de nouveaux équipements de Technologie (trop souvent qualifiée de matière mineure et trop coûteuse par certains responsables) a été fréquemment signifiée aux enseignants par leur direction ou leur interlocuteur au Conseil Général (les conseils généraux renvoient souvent la responsabilité des dotations pour changement de programme à l’Éducation Nationale elle-même , ce qui est conforme à la législation et aux usages actuellement en vigueur !)

EN MATIERE DE FONCTIONNEMENT :

Les groupes allégés continuent de disparaître d’année en année et les effectifs sont maintenant trop souvent pléthoriques dans nos salles (25 élèves dans des collèges ZEP ou sensibles, 34 à 35 ailleurs ne constituent plus des exceptions !). Cette situation est contraire à tous les textes et recommandations en vigueur, y compris dans le nouveau programme de 6ème et ne va pas sans poser des problèmes graves, maintes fois dénoncés par l’AEAT, sur les plans pédagogique, comportemental et surtout de la sécurité !

Afin de limiter la prise de risques, il devient courant de vider les salles spécialisées de Technologie de leurs matériels, surtout s’ils sont obsolètes et non remplacés, et de leurs postes de travail afin d’y rajouter des tables pour pouvoir asseoir tous les élèves !

  • Il n’est donc bien sûr pas question que l’on vienne un jour reprocher aux enseignants subissant cette situation de faire des cours théoriques et des activités de type papier/crayon.
  • Il n’est plus question non plus de compter sur la bonne volonté, l’enthousiasme et le bénévolat des professeurs de Technologie pour pallier à ce qui pourrait apparaître comme un abandon de notre discipline par l’État, essentiellement dans le respect des nécessaires conditions d’encadrement, de mise en œuvre et d’enseignement de la discipline !

L’AEAT dénonce depuis des années l’absence d’une agrégation permettant la création d’un corps d’encadrement ( IG et IPR-IA) spécifique, à terme issu du terrain et enfin cohérent dans le pilotage de la Technologie.
En mai 2005, Monsieur Fillon, alors Ministre de l’Éducation Nationale, reconnaissait lui-même, dans un courrier adressé à une autre association de professeurs de Technologie (ASSETEC), la complexité du pilotage de notre enseignement ! Actuellement, sur le terrain, nous devons nous contenter d’inspecteurs d’autres disciplines (STI, EG...) en « complément de service » ou de professeurs de Technologie chargés de mission d’inspection.

En conclusion, l’AEAT constate que ce programme, au contenu totalement différent des programmes précédents, est un programme de rupture sur des points fondamentaux pourtant rarement présentés comme tels lors des différentes audiences auxquelles nous avons participé :

  • La production individuelle des élèves est remplacée par des réalisations collectives dès la 6ème,
  • l’approche économique est évacuée,
  • l’approche de la conception disparaît,

le tout au profit de l’aspect utilisateur, extrêmement valorisé.

Le choix des thèmes, qui a laissé l’ensemble de la profession perplexe, semble avoir été décidé par nécessité, en fonction du projet de réforme des bacs technologiques et afin de favoriser l’orientation d’un plus grand flux d’élèves vers ces nouvelles filières STI ( ).

L’AEAT, qui souhaitait une nécessaire évolution des précédents programmes, notamment ceux du cycle central, déplore vivement que la rupture ai été faite, rappelons-le une fois encore, dans la précipitation, sans commande ni cadrage clairs et publiques de l’État, sans évaluation préalable objective et sérieuse de l’état de la discipline (besoins des élèves, besoins de la nation, encadrement pédagogique, conditions de création une agrégation de Technologie, pertinence des programmes existants, conditions d’enseignement, moyens et capacités de mise en œuvre, actualisation des matériels et des connaissances...).

Il aurait été urgent et judicieux de mener un grand chantier de réflexion sur tous ces points, sur la définition de la Technologie (mais aussi de la culture technique, de la culture scientifique, de la culture des métiers...), sa place dans la culture générale nécessaire aux futurs citoyens mais aussi à la nation, sur l’importance et le sens de productions en milieu scolaire, sur ses rapports et interactions avec les autres disciplines au sein de l’école et du collège ! Ce chantier aurait du se mener avec l’ensemble de la profession, préalablement au travail de réécriture des programmes par une commission !

L’AEAT réaffirme la nécessité et l’actualité d’une telle démarche, y contribue en publiant un texte de Gustave SALICIS, texte fondateur dans l’introduction de l’enseignement du fait technique à l’Ecole mais constate qu’aujourd’hui, la défense de la discipline, de son existence et de sa validité ne peut se faire que par les enseignant eux-mêmes, sur le terrain, dans leurs établissements, leurs académies, au sein de leurs syndicats (il faut les y inciter fortement !) et surtout au sein d’une unité associative encore à construire !

Le C.A de l’AEAT
le Président,
Christian HOUDRÉ


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