Association des Enseignants d’Activités Technologiques

Editorial (2004 - 1&2)

lundi 12 avril 2004 par Yves LEMAL


Une
seule solution : lutter et travailler ensemble !


En ce
début de troisième trimestre, nous pouvons commencer à
dresser un bilan de la situation de la Technologie pour cette année
scolaire. Celui-ci n’est guère réjouissant car, en plus
de ses difficultés endémiques telles que, par exemple,
le financement des productions pédagogiques ou la mise à niveaux des équipements, notre discipline est gravement
touchée par les décisions de restrictions budgétaires
gouvernementales.


De
nombreux collèges ont ainsi vu disparaître les groupes
allégés de notre enseignement avec tous les problèmes
que cette disparition entraîne : effectif pléthoriques
induisant de réels obstacles pédagogiques, non respect
des règles élémentaires de sécurité,
impossibilité de fabriquer, suppression de postes …


L’absence
d’Inspection Pédagogique spécifique se fait encore plus
cruellement sentir que par le passé et laisse souvent les
enseignants se débattre seuls face à la dégradation
de la situation dans leur établissement. A moins qu’une
visite éclair ne vienne les sanctionner en quelques instants
pour leur inaptitude à gérer l’ingérable !


Au vu
des DHG pour la prochaine rentrée, la situation ne va pas
s’améliorer et les collèges qui fonctionneront d’une
manière satisfaisante en Technologie feront figure d’exception
 !


De
plus, certains Recteurs, Inspecteurs d’Académie voire chefs
d’établissement anticipent sur les éventuels
changements de programmes ou essaient d’imposer de nouvelles
structures telles que 3ème option Technologie Industrielle ou
classes en alternance, sans existence légale (pas de décret,
pas de programmes, responsabilités des intervenants non
définies…). En l’absence de textes officiels clairs, il
faut éviter de s’engager dans de telles "expérimentations"
qui risquent, en outre, de faire le lit de l’éclatement et de
l’appauvrissement de notre discipline !


Parallèlement
à la publication du rapport de la Commission pour le grand
Débat sur l’Ecole (dite commission Thélot), qui doit
conduire à une nouvelle loi d’orientation pour le système
scolaire, le ministère poursuit sa réécriture
des programmes. Le niveau Collège est particulièrement
concerné et la Technologie fait partie, tout comme les
Sciences, des disciplines devant être profondément
remaniées.


Il est
à noter que, comme d’habitude en période de réforme
des programmes, aucune évaluation de la situation existante
n’a vraiment été faite, sauf peut-être, pour
notre domaine, dans le rapport de Monsieur Louis, Inspecteur Général
de l’Administration de l’Éducation Nationale mais personne ne
semble en tenir compte !


Les
audiences et rencontres que nous avons eues ces derniers mois ( voir
pages suivantes), les divers projets de programmes qui nous sont
parvenus mettent en évidence plusieurs points inquiétants
 :

  • La grande méconnaissance, le refus de reconnaissance des contenus disciplinaires et l’absence d’image mentale (aucun vécu comme élève ou comme enseignant) de notre discipline chez les décideurs actuels.
  • L’absence de prise en compte des stades de développement et des besoins de nos élèves dans leur structuration personnelle.
  • L’instrumentalisation de la Technologie au profit de la refonte de l’enseignement des Sciences et de l’orientation vers l’enseignement professionnel !
  • La primauté de mesures budgétaires conjoncturelles comme contrainte essentielle dans les choix pédagogiques !


Lors de
ces différents contacts, l’AEAT a en effet pu constater le
fossé qui sépare les praticiens de terrain que nous
sommes de nos interlocuteurs. Il nous a été ainsi
avancé (courtoisement certes !) le refus de reconnaître
l’existence de contenus disciplinaires propres à la
Technologie.


Dans
cette optique, nous avons pu constater l’hostilité à la
notion de projet technique, jugée trop globalisante et
l’assimilation de notre démarche disciplinaire à la
démarche scientifique, ce qui conduit à envisager la
création d’un domaine "Sciences appliquées"
avec un professeur unique. Notre demande récurrente de
création d’une agrégation de Technologie est donc bien évidemment jugée irrecevable car sans fondements
disciplinaires. Par contre, il nous a été passée
commande pour trouver une autre appellation que Technologie pour
notre matière, celle-ci induisant trop de confusion dans
l’esprit de nos concitoyens !


En
toute logique, il commence donc à apparaître çà
et là quelques projets de programmes pour le moins réducteurs,
pour ne pas dire misérabilistes. Notions "d’éveil",
de "montage-démontage" et de "thèmes
transversaux
" ressortent des limbes et rappellent quelques
souvenirs aux plus anciens d’entre-nous (ah, les fiches BEHM !).


Les
propositions de contenus sont cependant parfois savoureuses : les
transports, en classe de sixième (pourquoi pas l’élevage
ou l’incinération des ordures ménagères ?), à
traiter en continuité avec l’enseignement de Sciences et
Technologie à l’école élémentaire.


Le
choix de l’objet à réaliser sera libre. L’exemple cité,
une planche à roulettes, est intéressant car
significatif de la différence qui existe entre la démarche
expérimentale et la démarche technologique, entre "la
main à la pâte" et la Technologie : cet objet ne
peut être réalisé en collège car les
techniques de fabrication mises en jeu sont trop complexes. En outre,
il doit répondre à des normes de sécurité très strictes et ne peut être utilisé par les
élèves avant homologation, sous peine de graves
responsabilités pour le constructeur. En Technologie, on doit
prendre en compte, pour toute fabrication sérieuse
l’intégralité des contraintes, y compris la faisabilité
 ! ! !


De
même, le vieux démon de la Technologie discipline de
sélection et d’orientation des élèves vers les
voies techniques et professionnelles réapparaît lui
aussi, cette fois-ci fortement affirmé, avec un choix
d’options calqué sur celles de seconde. La Technologie
deviendra t-elle le SAMU pédagogique des élèves
en difficultés ? Qu’adviendra t-il de la seconde de
détermination au lycée ?


Pour
l’AEAT, toutes les disciplines du collège doivent participer à
l’aide au choix d’orientation post troisième, avec l’aide des
Conseillers d’Orientation-Psychologues dont il faudrait développer
les moyens d’action.


Il nous
également été cité souvent l’idée
du retour de la notion de travail manuel, sans nous en donner la
moindre définition ni nous préciser la place qu’il
occuperait. Nous avons donc réaffirmé ce que l’AEAT
entendait par travail manuel, à savoir une activité de
fabrication ou de production utilisant des outils ou des machines
simples et mettant en jeu l’adresse gestuelle et la motricité fine chez l’enfant.


Redécouvrir
cet aspect de la production ne nous gêne pas, bien au
contraire, à condition qu’il trouve sa place dans le cursus de
formation des enfants dès la maternelle et permette une montée
en puissance progressive de l’appréhension des différents
moyens de production existants et ce, jusqu’en classe de troisième,
voire après.


Face à ces attaques en règle contre notre discipline qui visent à
la vider de sa substance, la profession réagit. Les
différentes associations de Technologie se rencontrent très
fréquemment et travaillent actuellement à un
regroupement au sein d’une confédération afin de
parler d’une seule voix. L’AEAT est bien sur partie prenante dans
cette décision, dans le respect des différences de
sensibilités de chacune d’entre elles.


Une
demande d’audience conjointe vient d’ailleurs d’être adressée
à Monsieur François FILLON, le nouveau ministre de
l’Éducation Nationale.


Nous
sommes également en relations suivies avec les organisations
syndicales et nous avons signé collectivement une lettre
ouverte au Président du CNP avec cinq d’entre elles, lettre
qui exprime une forte identité de pensée quant aux
principes constitutifs de la Technologie. Elle ne pourra être
ignorée dans les réflexions qui se mènent
actuellement !


En
cette période difficile, la force des associations est bien
sur dans le nombre de ses adhérents mais aussi dans leur
participation commune à la réflexion et à
l’action. Il n’y a donc qu’une seule solution : lutter et
travailler ensemble pour le devenir de la discipline au sein d’un
système éducatif rénové et cohérent
 !


Les
Pavillons sous Bois, le 12 avril 2004


Le
Président, Christian HOUDRE